55 % des entreprises regrettent d’avoir licencié pour l’IA

55 % des entreprises regrettent d’avoir licencié pour l’IA

·4 min de lectureTechnologie et Outils

Plus de la moitié des dirigeants qui ont licencié des salariés pour faire place à l’intelligence artificielle reconnaissent aujourd’hui avoir commis une erreur. Ce constat, loin d’être anecdotique, pourrait bien redessiner les contours du débat sur l’automatisation en France et en Europe.

C’est le résultat d’une enquête Orgvue menée auprès de 1 163 cadres dirigeants aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Irlande, en Australie et en Asie du Sud-Est. Parmi les 39 % ayant déjà supprimé des postes au profit de l’IA, 55 % qualifient ces décisions de mauvais choix. Un dirigeant sur quatre n’avait même pas identifié quels postes pouvaient réellement bénéficier de l’IA avant de procéder aux coupes.

L’illusion d’une substitution totale

Le cas Klarna illustre parfaitement cette précipitation. L’entreprise suédoise a remplacé 700 agents du service client par un chatbot OpenAI. Son PDG, Sebastian Siemiatkowski, a fini par admettre publiquement être « allé trop loin ». La qualité du service s’est effondrée : réclamations en hausse, erreurs répétées, impossibilité pour les clients d’obtenir un interlocuteur humain dans les situations complexes. Klarna réembauche désormais, en adoptant un modèle hybride où l’IA traite les demandes simples tandis que des agents humains interviennent lorsque la situation l’exige.

Ce schéma se reproduit à grande échelle. Selon Gartner, la moitié des entreprises qui ont réduit leurs effectifs de service client au profit de l’IA devront réembaucher d’ici 2027. La raison est simple : l’IA manque de jugement, d’empathie et de raisonnement contextuel. IBM, après avoir licencié 8 000 personnes et déployé un système RH automatisé baptisé AskHR, a dû rappeler des équipes humaines face à l’inadéquation du système.

Ce que la France peut apprendre de ces échecs

En France, le cadre légal offre une protection que ces pays anglo-saxons ne connaissent pas. Le Code du travail impose aux entreprises de plus de 300 salariés des accords de GEPPMM (gestion des emplois et des parcours professionnels) prévoyant des plans de formation et de reclassement avant toute suppression de poste. Un Plan de Sauvegarde de l’Emploi est obligatoire au-delà de dix licenciements sur trente jours. Ces garde-fous n’ont pourtant pas empêché le cas Onclusive : en 2024, cette société de veille médiatique a licencié 217 salariés en France pour les remplacer par une IA, dans ce qui constitue le premier cas à cette échelle sur le territoire.

Le gouvernement a réagi avec le plan « Osez l’IA », lancé en juillet 2025, visant à former 15 millions de personnes d’ici 2030 avec un budget de 200 millions d’euros. Le CESE (Conseil économique, social et environnemental) a publié une étude soulignant que l’IA remplace des tâches, non des emplois, une nuance que bien des dirigeants semblent avoir ignorée dans leur précipitation à réduire les effectifs.

Le pari à 200 milliards de dollars

BCG estime le marché de l’IA à 200 milliards de dollars (environ 185 milliards d’euros), mais Gartner prévoit que 40 % des projets d’IA agentique seront abandonnés d’ici fin 2027. Sur les milliers de fournisseurs d’IA agentique (des systèmes capables d’agir de manière autonome), seuls 130 sont considérés comme légitimes. L’écart entre la promesse commerciale et la réalité opérationnelle n’a jamais été aussi visible.

En France, les investissements dans l’IA ont augmenté de 45 % depuis 2023, mais cette croissance se concentre sur des postes spécialisés en ingénierie et en données. Paradoxalement, les entreprises qui investissent le plus dans l’IA sont aussi celles qui créent le plus d’emplois qualifiés autour de cette technologie.

Les dégâts invisibles

Les chiffres de l’enquête Orgvue révèlent une autre dimension du problème. 34 % des entreprises ont constaté des départs volontaires liés à la peur de l’IA : des salariés compétents qui quittent l’entreprise avant même d’être menacés, par crainte d’un remplacement imminent. 30 % des dirigeants ne savaient pas quels postes étaient réellement exposés. 38 % reconnaissent ne pas comprendre l’impact de l’IA sur leur organisation.

Cette triple méconnaissance, celle du potentiel réel de la technologie, celle des compétences humaines indispensables et celle des conséquences psychologiques sur les équipes, explique pourquoi tant de décisions se sont avérées prématurées.

La seule approche qui fonctionne

Les entreprises qui réussissent leur intégration de l’IA suivent un schéma commun : elles automatisent les tâches répétitives tout en préservant l’intervention humaine pour le jugement, la nuance et la relation client. Elles testent à petite échelle avant de généraliser. Elles mesurent la qualité réelle du service, pas uniquement les économies de coût. La question qui se pose désormais n’est plus de savoir si l’IA remplacera les travailleurs, mais si les dirigeants sauront distinguer les résultats concrets du battage médiatique autour d’un marché à 200 milliards.

Sources et Références

  1. Orgvue55% admit wrong decisions
  2. Gartner50% rehire by 2027
  3. Gartner40% canceled by 2027
  4. Fast CompanyKlarna reversed
  5. BCG$200B market

Découvrez nos standards éditoriaux

Cela pourrait vous plaire :