4,2 microplastiques par mL de sang : la fibre qui les évacue
Chaque gorgée d’eau en bouteille, chaque repas réchauffé dans un contenant plastique, chaque inspiration en milieu urbain dépose dans votre sang des fragments invisibles. Une étude publiée en 2024 dans Environment International a révélé que 90 % des donneurs de sang en bonne santé présentaient des microplastiques détectables dans leurs veines, avec une concentration moyenne de 4,2 particules par millilitre. Des milliards de fragments plastiques circulent déjà dans votre organisme.
Le plastique qui coule dans vos artères
Des chercheurs de l’Université de Hull ont analysé le sang de 20 volontaires sains et identifié 24 types de polymères différents, dont le polyéthylène (sacs de courses), le polypropylène (contenants alimentaires) et l’éthylène-acétate de vinyle. Les particules mesuraient entre 7 et 3 000 micromètres, et 88 % présentaient des bords tranchants.
Ce qui transforme ce constat en signal d’alarme, c’est ce qui se passe lorsque ces particules s’accumulent dans le système cardiovasculaire. Une étude parue dans le New England Journal of Medicine a examiné les plaques d’athérome de patients opérés de la carotide : des microplastiques étaient incrustés dans 58,4 % des échantillons. Les patients dont les plaques contenaient du plastique présentaient un risque significativement plus élevé d’infarctus, d’AVC ou de décès au cours des 34 mois suivants.
Votre organisme traite ces fragments comme des intrus. Ils provoquent un stress oxydatif et une inflammation chronique dans les parois vasculaires, les mêmes processus qui alimentent l’athérosclérose et la formation de caillots. Les microplastiques ne sont pas seulement présents : ils participent activement au développement des maladies cardiovasculaires.
Votre intestin, première ligne de défense
La majorité des microplastiques pénètrent dans l’organisme par le système digestif, transportés par l’alimentation, l’eau et même le sel de table. Ce que vous mangez en parallèle influence considérablement la quantité qui reste dans votre corps.
Une étude de 2025 dans Scientific Reports a testé si des fibres alimentaires non digestibles pouvaient accélérer l’excrétion des microplastiques. Les résultats sont nets : le groupe traité au chitosane (une fibre dérivée des crustacés) a excrété les microplastiques à un taux de 115,6 %, contre 83,7 % pour les témoins. En 24 heures, le groupe fibre a éliminé 39,6 % des microplastiques ingérés contre 14,8 % pour le groupe contrôle. La rétention intestinale est passée de 12,1 % à 6,1 %.
Le chitosane fonctionne en se liant aux particules plastiques dans le tube digestif, les piégeant avant qu’elles ne traversent la barrière intestinale. Un filet moléculaire qui capture les fragments et les évacue.
L’accélérateur probiotique
Des chercheurs de Bluepha à Shanghai ont criblé 784 souches bactériennes et identifié deux probiotiques, Lacticaseibacillus paracasei DT66 et Lactiplantibacillus plantarum DT88, capables d’adsorber physiquement les microplastiques sur leur surface cellulaire. Chez la souris, ces souches ont augmenté l’excrétion de 34 % et réduit la rétention intestinale de 67 %.
Plus prometteur encore : le probiotique DT88 a aussi diminué les marqueurs inflammatoires provoqués par les microplastiques. La même intervention qui évacue les plastiques calme également la réponse immunitaire qu’ils déclenchent.
Ce que cela change dans votre assiette
Nul besoin de compléments coûteux. La science pointe vers deux stratégies accessibles.
Premièrement, augmentez votre apport en fibres non digestibles. Les compléments de chitosane coûtent environ 0,03 euro la gélule, mais vous pouvez aussi renforcer votre apport par des aliments dont vos bactéries intestinales dépendent déjà : légumineuses, lentilles, flocons d’avoine et crucifères. Ces fibres se lient aux particules plastiques et accélèrent leur transit.
Deuxièmement, pensez aux aliments fermentés ou aux probiotiques ciblés. Les souches de Lactobacillus (présentes dans la plupart des yaourts et du kéfir) appartiennent à la même famille que les souches de l’étude de Shanghai.
Le calcul qui dérange
Avec une moyenne de 4,2 microplastiques par millilitre de sang et environ 5 litres de sang, vous transportez approximativement 21 milliards de particules plastiques. L’élimination totale est irréaliste dans un monde enveloppé de plastique. En France, où l’interdiction des plastiques à usage unique a marqué un premier pas, la contamination reste omniprésente. Mais réduire votre charge corporelle, ne serait-ce que d’une fraction, grâce à une stratégie qui ne coûte presque rien, fait pencher la balance en votre faveur.
La question n’est plus de savoir si les microplastiques sont en vous. La science a tranché. La question est de savoir si vous continuerez à alimenter l’accumulation ou si vous commencerez à l’évacuer.
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Sources et Références
- Environment International (University of Hull) — 90% of healthy blood donors had detectable microplastics
- New England Journal of Medicine — Microplastics found in 58.4% of carotid artery plaque samples
- Scientific Reports (Nature) — Chitosan fiber increased microplastic excretion to 115.6% vs 83.7% in controls
- Frontiers in Microbiology (Bluepha/Shanghai) — Two probiotic strains increased microplastic excretion by 34%
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